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Elle, 2 octobre 2000
La plus jeune des enfants Phoenix, sur de Joaquin et feu River, se prénomme "Eté". D'origine indienne [NB : pas que je sache. Si c'est son patronyme qui est à l'origine de cette déduction intempestive - et retrouvée dans d'autres articles -, je signale que ses parents ont choisi le nom de Phoenix à un moment où ils ont voulu marquer un changement dans leur vie, et les prénoms sont eux typiques des enfants nés dans les années 70 du mouvement hippie], elle a connu avec sa famille la bohème hippie, une secte chrétienne et les soirées hollywoodiennes. Avec une grâce de chat et une ténacité de lionne, cette fille de 22 ans incarne à la perfection Esther Kahn, une jeune comédienne passionnée. Si Summer Phoenix était un animal, elle serait une salamandre. Elle en a la couleur dorée, le chatoiement, l'ondulation, la vivacité, la souplesse et peut-être la faculté d'inoculer un léger poison à ceux qui l'importunent. Si elle était une plante, elle se fondrait dans la jungle. Si elle était un pays, ce serait celui de Peter Pan, la planète enchantée du « Jamais jamais », où l'on ne vieillit pas et où le paradis enfantin reste intact. Et si elle était un personnage de fiction ? Esther Kahn, jeune fille de pierre, au corps « qui ne voulait rien, qui n'anticipait rien, attendait » et commence à vivre grâce au théâtre ? Puisqu'elle l'interprète à merveille... Pas si sûr. Ou alors, mâtinée de Mary Poppins. On l'imaginait brune aux cheveux longs et au visage grave telle qu'elle apparaît dans son premier grand rôle, celui d'Esther Kahn, filmé par Arnaud Desplechin. Elle est blond platine, coiffée comme Jean Harlow. Son visage change d'expression à toute vitesse. Elle sourit, émet un discret clin d'il, s'allonge sur le canapé, réchauffe ses pieds contre le jean de l'assistant d'Arnaud Desplechin, se recroqueville, reprend une mine sérieuse, s'ennuie, ou fait semblant, bâille, s'étire, puis parle. Une voix basse et chantante, aux modulations variables. Si l'on ne comprenait pas ce qu'elle dit, ses intonations seraient suffisamment envoûtantes pour qu'on écoute leur musique. Ce serait dommage : ce qu'elle dit a un sens. Summer Phoenix a l'apparence et l'aisance de celles qui attirent et diffractent la lumière: les étoiles. On lui soupçonne une expérience ancestrale de la scène : une semi-erreur. Summer n'a que 22 ans et, avant son interprétation dans « Esther Kahn », personne ne la connaissait. Mais la jeune femme joue la comédie depuis qu'elle a 3 ans. « L'horreur. J'étais déguisée en Indienne, avec des plumes sur la tête, et surtout, une veste en daim, que je portais à même la peau, sans chemise. Je hurlais car j'avais peur d'exhiber mon torse nu, et j'avais l'impression qu'on abusait de moi. » Aujourd'hui, pense-t-elle toujours que la société du spectacle exploite les enfants ? Réponse mitigée : entre la pub et les enfants, c'est une histoire d'amour réciproque qui rapporte beaucoup d'argent. Quant à elle, elle ne placera pas ses petits (qu'elle n'a pas encore) devant une caméra, s'ils ne lui demandent pas expressément. La petite enfance de Summer Phoenix est itinérante. Avec ses parents et ses cinq frères et soeurs - Mike, Joaquin, Rain, Liberty, River - [NB : aux dernières nouvelles, les enfants Phoenix n'ont jamais été que 5 en tout, pas de Mike en vue. Une confusion avec le personnage de River dans "My Own Private Idaho" peut-être?], elle traverse l'Amérique dans une roulotte. La famille vit de rien, mais avec beaucoup d'amour. D'origine juive indienne [NB : toujours pas... Juive si, par la mère, Heart], missionnaires chrétiens, les parents ont longtemps appartenu à la secte des Enfants de Dieu dont ils sont parvenus à s'extraire. Mais ils en ont gardé quelques principes qui mêlent le mode de vie hippie et des préceptes bibliques: « Aime ton prochain comme toi-même » et « Montre l'exemple de la fratrie heureuse ». La roulotte s'arrête définitivement à Hollywood. Changement de vie. Les Phoenix habitent un immeuble dans lequel les enfants ne sont pas admis ! C'est l'Amérique aseptique telle qu'on ne l'imagine pas. Qu'importe, les enfants Phoenix chantent et dansent dans les rues de la cité, pour le plus grand étonnement des passants qui n'ont plus l'habitude d'apercevoir des petits humains. L'argent manque. Pour en gagner, les enfants jouent aussi la comédie. Sous l'égide de leur père, ils organisent des spectacles réguliers dans un orphelinat. « Pour moi, c'était vraiment un jeu. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait répéter, travailler », se souvient Summer. Madame Phoenix déniche un emploi de secrétaire d'un responsable de casting à l'importante chaîne de télé NBC. Summer, petite dernière qui n'a pas l'habitude de voir sa mère obéir à des horaires, ne se remet pas de ses départs quotidiens pour de longues journées. Chaque matin, la petite fille court en pleurant derrière la voiture qui démarre. « A partir de cette période, ce sont plutôt mes frères et soeurs qui m'ont élevée, et surtout mon père, véritable "monsieur maman". Il se chargeait de tout : nous apprendre la musique, nous habiller, nous emmener nager à la rivière, faire de l'escalade. » Un tuteur s'occupe des matières scolaires. Cette famille étrange intrigue le directeur de casting pour lequel madame Phoenix travaille. C'est un sujet en or. Il songe à une série télé, mi-fiction mi-documentaire, dans laquelle enfants et parents joueraient leurs propres rôles: « C'était surtout notre extraordinaire cohésion affective qui le surprenait et qu'il avait envie de filmer. » Le directeur, non content de trouver un agent qui prenne tous les enfants sous sa coupe, leur arrange des mini-tournées dans les soirées hollywoodiennes. La spontanéité des petits Phoenix et leur talent séduisent le gotha. Summer précise: « Si on a été lancés tôt dans le business, ce n'est pas pour la gloire, mais parce que nos parents étaient fiers de nous. De leur passage chez les missionnaires, ils avaient gardé l'idée qu'ils avaient un message à livrer sur cette terre : être un exemple d'harmonie et d'amour. » Très naturellement, les enfants embrassent les dieux de Hollywood. Mais la famille a des principes qui compliquent le travail de l'agent. Les Phoenix sont végétariens. Les enfants sont donc obligés de refuser à peu près toutes les pubs touchant à l'industrie alimentaire. Pas de McDo, pas de Pepsi. S'ils vantent de la nourriture, elle doit être saine. En livrant cette anecdote, Summer fume cigarette sur cigarette. La jeune actrice décrit un monde idyllique : une famille aimante et sans violence, une fratrie qui ignore la jalousie et les rivalités, des enfants qui s'épanouissent en autarcie. Une absence absolue d'ambivalence dans les affects. L'amour sans la haine. « Ce paradis existe-t-il vraiment ? », questionne-t-on avec un brin d'incrédulité dans le ton. « Ou est-ce un discours fabriqué ? » Colère immédiate de Summer, qui démontre là sa sincérité. Orage. Tombereau d'injures à propos des médias. Comment est-ce possible qu'on la soupçonne d'« être une menteuse » ? C'est la confiance qui l'intéresse, « pas les journaux et les paparazzis à la recherche de ragots ». Lorsque River, l'aîné de la fratrie Phoenix, acteur adulé dans le film culte « My Own Private Idaho », est mort d'overdose en 1993, Summer avait 15 ans. En plein deuil, la famille affronte une presse particulièrement agressive et peu respectueuse. « Votre frère vient de mourir, vous vous levez le matin, il y a cinquante journalistes qui vous attendent dans l'escalier. » Le drame soude encore davantage la fratrie. Summer se calme aussi vite qu'elle monte au créneau. Encore maintenant, son frère Joaquin (acteur de plus en plus en vogue, notamment grâce à « Gladiator » et « The Yards ») et ses soeurs sont ses plus proches amis. D'ailleurs, lors du tournage d'« Esther Kahn » à Londres, Joaquin tournait également, et la soeur et le frère partageaient le même appartement. Arnaud Desplechin a banalement rencontré Summer lors du casting d'« Esther Kahn ». Il n'a pas hésité: « Elle avait un éclat et une détermination qui ne trompent pas. » Entre autres exemples, l'actrice est la seule qui s'était donné la peine d'aller à la bibliothèque pour lire les textes introuvables d'Arthur Symons, auteur anglais oublié, dont est tirée l'adaptation du film. Un casting de dix minutes, des larmes: « Laissez-moi une seconde chance... » Summer était persuadée d'avoir échoué. Lors du tournage, l'actrice, munie d'un magnétophone quatre pistes et d'instruments, composait paroles et musique. Elles rythmaient ses états d'âme. « Des chansons vraiment bien. Un peu Elliott Smith, un peu Dylan », décrit le cinéaste. Summer, Joaquin et Rain forment un groupe, dont le nom change à peu près chaque semaine. Aujourd'hui, l'actrice rêve d'une comédie musicale. Celle qui passe de la timidité la plus extrême à l'excentricité chaleureuse apprécie-t-elle aussi le silence ? « J'aime tout ce qui est rare », conclut du tac au tac Summer.
Jalouse, N° 34, Octobre 2000
Avec Summer Phoenix, héroine du film ESTHER KAHN, ceux qui n'aimaient pas Desplechin l'apprécieront et ceux qui l'appréciaient l'adoreront. Jeune actrice quasiment inconnue, elle s'affirme en transcendant un film ambitieux et réussi.
Summer Phoenix est une jeune femme qui souffre d'un nom déjà très connu dans le cinéma. Soeur du défunt River et du désormais "star" Joaquim, d'aucuns diront qu'elle tomba dans les bras d'une Morphée hollywoodienne dès sa plus tendre enfance. Erreur! "Je n'ai jamais eu la vocation d'être actrice. Je n'ai pas passé ma jeunesse à rêver devant des affiches de Faye Dunaway ou Grace Kelly. Certains membres de ma famille ont embrassé cette vocation très jeune mais, moi, j'avais bien d'autres choses à entreprendre avant de me frotter à ce milieu", déclare-t-elle sans fausse modestie. D'une beauté spontanée, de celles dans lesquelles on découvre plus d'énigmes que de réponses, à des années lumières de l'actrice star entourée d'une cohorte d'agents et de bodyguards, Summer Phoenix se déplace seule ou accompagnée de son boyfriend, en toute simplicité, égale à elle-même. De la jeunesse dorée qu'elle passe au sein d'une famille peu sédentaire, elle garde surtout le souvenir de cette période où, entre 12 et 16 ans, elle partit vivre au Costa Rica avec sa soeur pour s'occuper d'un petit restaurant: "J'ai aimé ce moment de liberté absolue", confirme-t-elle sans se rendre compte visiblement qu'à cet âge, beaucoup de jeunes sont encore en train de taxer de l'argent de poche à leurs parents pour s'acheter des vignettes Pokemon.
SUMMER VERS LE SOMMET Summer fait partie de ceux pour qui certains voyages servent de révélateur. "A mon retour, je me suis orientée vers la comédie sans trop savoir ce que cela donnerait." L'étincelle prend mais le pétard est mouillé. Deux ou trois films en tant qu'actrice de second rôle pour une série de navets dont The Faculty, de Rodriguez. Un constat qu'elle confirme mais qui ne remet pas sa détermination en cause. Une aubaine. Car le jour où Arnaud Desplechin décide de se lancer dans l'aventure d'Esther Kahn, il part faire des castings à New York, désireux qu'il était de tourner son film en anglais. Son choix se portera sur Summer, laquelle confirme la trame des événements. "Arnaud est venu à New York, où j'habite, pour trouver une jeune actrice qui incarnerait le rôle-titre de son film. J'ai obtenu le script, loué Comment je me suis disputé... dans un obscur vidéo club. J'ai trouvé les deux géniaux et, avec la bénédiction de mon agent, je me suis présentée aux auditions." Pas de forfanterie ni de galéjades hollywoodiennes. Summer Phoenix, quel que soit l'endroit où sa carrière la mènera, a déjà trouvé l'un des rôles de sa vie. Celui d'Esther Kahn, jeune juive immigrée dans le Londres de la fin du siècle dernier et qui, bien que percluse dans une famille oppressante, se découvre une attirance profonde pour le théâtre. Passion qui lui permettra de survivre et sortir de son autisme. Opus traitant de la découverte de la passion et des difficultés qu'on rencontre dans son épanouissement, Esther Kahn est un grand film à la délicatesse retenue. Une uvre au classicisme séduisant qui sublime ses acteurs. A moins qu'avec Summer Phoenix, ce ne soit l'inverse...
Le Figaroscope, semaine du 4 au 8 octobre
Vous l'imaginez timide? Raté. Pétillante tendance cool, elle passe son temps à rigoler. Vous la croyez brune? Elle vous arrive toute blonde. Elle vous semblait plutôt grande? Sa taille flirte à peine avec le mètre cinquante-six. Soeurette du clan Phoenix, de River tristement disparu (en 1993), de Joaquin empereur dans "Gladiator", Summer se contentait de flirter sans jamais succomber. Grâce à Arnaud Desplechin et son "Esther Kahn" la naissance d'une actrice à Londres à la fin du XIXe siècle -, la voilà éprise d'un métier manifestement taillé à sa mesure.
- Il paraît que Hollywood ne propose rien de très excitant aux jeunes comédiennes, est-ce pour cela que vous avez franchi l'Atlantique afin de tourner en Angleterre avec un Français?
- Oui et non. Il y avait avant tout un scénario formidablement adapté d'une nouvelle d'Arthur Symons, qui m'a littéralement bouleversée.
- Jeune, vous disiez ne jamais savoir si vous vouliez être une actrice. Où en êtes-vous après une telle expérience?
- Ce n'est pas si simple. Esther m'a sûrement confortée dans mon métier, mais elle m'a surtout profondément marquée et inspirée. Les leçons qu'elle apprend de la vie ont débouché sur de multiples questions et je suis maintenant très excitée à l'idée de trouver des réponses.
- Ce que vous n'étiez pas avant?
- Pas avec une telle force.
- Vous viviez dans une bulle dorée?
- Oui, mais une bulle remplie aussi de rêves, et curieusement Esther Kahn en faisait partie. J'avais une folle envie d'interpréter un tel personnage. De rencontrer un réalisateur qui me respecterait, qui m'offrirait un tel cadeau.
- Esther Kahn apprend à jouer en puisant des émotions dans sa mémoire, vous faites de même?
- Chez moi, tout est plus ou moins conscient. Je ne cherche pas dans mon enfance telle ou telle sensation. Pas plus que je ne picore chez les autres actrices un truc, une mimique.
- Quels arguments a développés Desplechin pour vous embarquer dans cette aventure?
- Aucun. Il n'avait pas besoin de le faire. J'ai travaillé très dur pour les auditions et puis pendant plusieurs mois plus de nouvelles. J'ai secrètement espéré. Aussi, quand il m'a demandé si je voulais toujours le rôle une semaine avant le tournage, j'ai sauté dans l'avion.
- Vous étiez prête?
- Complètement. Je désirais ce rôle. Esther est seule, paumée. J'ai aussi été perdue. Elle cherche à devenir adulte, comme moi. Ca m'a tout de suite touchée. J'aime aussi l'idée que ce personnage puisse parler à des gens de Singapour, Tombouctou, ou ailleurs, qu'il leur permette de se retrouver. C'est pour cela que j'aime le cinéma.
- Vous portez un nom célèbre, le prix à payer n'est-il pas élevé?
- Cela dépend de ce que les gens mettent dessus. Je suis fière de mon nom, de ma famille, de qui je suis. Et je prie pour rester forte et continuer à être moi-même.
Allociné Interviews, 18 Octobre 2000
A l'occasion de la sortie de "Esther Kahn" d'Arnaud Desplechin, la comédienne Summer Phoenix se livre à son "Parole de Star".
AlloCiné : Si vous n'aviez pas été comédienne, qu'auriez-vous fait ?
Summer Phoenix : J'aurais joué de la musique, du piano sûrement car c'est ma première passion.
Quel est votre premier souvenir de cinéma ?
Le premier film que j'ai vu quand j'étais jeune, c'était E.T.. J'ai cru pendant des années qu'il vivait dans mes toilettes... et je pensais "Je suis végétarienne, et je n'ai rien à te donner à manger, E.T, même pas des M'n'Ms !!!!". C'est idiot, mais c'est vrai (rires)
Votre référence en tant que comédienne ?
Il y en a beaucoup que j'adore. Mais, c'est surtout Jennifer Jason Leigh. Sa carrière, les films qu'elle a tourné. C'est elle dont j'ai le plus aimé de films.
Avez-vous un film de chevet ? Si oui, lequel ?
Mon film préféré ? (silence) Je ne peux pas vraiment le dire ; vous savez, il y en a tellement.
J'ai adoré En compagnie des hommes de Neil LaBute, notamment grâce à la performance de Aaron Eckhart, qui est un de mes acteurs préférés. J'adore le voir dans ses films ; j'aime particulièrement la façon dont il s'adapte chaque fois pour chaque rôle.
Quant au film, il a été fait avec très peu d'argent, et il ne parle jamais de fric, mais plutôt des relations entre les gens, la mentalité des différents personnages, de la manière dont ils évoluent. Je trouve que c'est un film brillant, surtout en ce qui concerne le jeu des acteurs.
Vous souvenez-vous de votre première réplique ?
Non. j'étais si jeune. C'est vraiment trop dur... Je ne peux pas ; vous savez, j'avais trois ans. Je suis vraiment désolée... J'y penserais et je vous rappelle (rires)
La rencontre déterminante dans votre carrière
La plus importante ? Arnaud Desplechin et "Esther Kahn", sans le moindre doute. Un "hand's down", comme on dit chez nous. Le rôle d'Esther Kahn est une composition que n'importe quelle actrice rêve un jour de jouer. C'est un personnage et une opportunité, dont je rêvais depuis longtemps. C'était une chance énorme pour moi ; quand cela m'est arrivé, j'étais extrêmement ravie.
Qui est cette "Esther Kahn" ?
C'est une immigrante juive vivant à Londres dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Je crois qu'elle pense qu'elle n'est pas faite pour la vie qu'elle mène, et qu'elle veut devenir actrice.
Pour moi, c'est une femme seule, autant dans ses sentiments que dans ses émotions. Elle est en pleine phase de transformation où d'enfant, elle devient une adulte.
Justement, comment s'est passée cette transformation, l'évolution du personnage ? Et aussi, le fait de jouer une actrice ?
Personnellement, je n'ai pas tenu compte du fait qu'elle soit une actrice. Ce que je trouvais le plus important, c'est qu'elle était une personne, un être humain, juste une fille, en fait... Et c'était très intense de jouer cela.
Je crois qu'on doit tous passer par ces moments où l'on apprend à devenir adulte. Cela m'est arrivé personnellement. J'ai ressenti tout cela, et là, pour le tournage, j'ai revécu ses instants dans la peau d'Esther Kahn. Je crois que c'est le moment le plus difficile de sa vie ; en tout cas, cela l'a été pour moi. C'était particulièrement intense et étonnant de revivre une nouvelle fois cette période de ma vie.
Comment vous êtes-vous retrouvée embarquée dans ce projet ?
J'ai rencontré Arnaud Desplechin lors d'un casting géant organisé à New York. Ce sont les conseils de mon agent qui avait vu le dernier film d'Arnaud, (Comment je me suis disputé) ma vie sexuelle que je me suis retrouvée à ces essais. "Le scénario est brillant, c'est un réalisateur français ; tu vas adorer" m'avait-il dit. J'ai alors voulu essayer ; j'ai lu le script, et là, je suis littéralement tombée "amoureuse" d'Esther. J'ai ensuite visionné Ma vie sexuelle. J'ai trouvé la réalisation énorme. J'étais alors fort impatiente de connaître le choix d'Arnaud. Quand il m'a pris, j'étais fort ravie. Et soulagée.
Etait-ce dur d'endosser un personnage très intense et très psychologique à l'écran ?
En fait, c'est Arnaud (Desplechin) qui était Esther pour moi ; il était toujours derrière moi. Je savais que chaque fois que j'aurais des difficultés - et j'en ai eu beaucoup - il serait là pour moi, sachant exactement qui elle était, et ce que je devais faire pour arriver à la rendre comme il la voulait. Il était vraiment mon guide, comme une lumière au bout du tunnel qui éclairerait mon chemin.
Ce rôle est apparemment très important pour vous, personnellement, et aussi pour votre carrière...
Tout à fait, c'était déjà très important dans l'idée que je me fais de ma carrière. Mais, aussi, tout simplement parce c'est ce genre de travail que j'aime et dont je suis fière, en dépit de l'avis des gens. Rien n'a changé, même si tout a changé.
Avez-vous un souvenir particulier du tournage ?
C'est dur... On a eu trois mois et demi de tournage. C'est le quotidien qui était à lui seul une anecdote.
Je me rappelle surtout de ces moments particuliers, où j'ai tant appris sur la manière de jouer grâce à Arnaud. C'est un véritable cadeau que m'a fait Arnaud en me choisissant et en me dirigeant. Tout a complètement bouleversé et éclairé ma vision de l'art et de la comédie. Il a vraiment illuminé l'avis que j'avais sur la façon de faire des films.
Après une telle expérience, quel est votre plus grand souhait ?
Mon plus grand souhait ? (silence) Oh, vous savez, je ne suis pas compliquée. Je suis un peu une hippie ! Je veux rentrer chez moi, embrasser mes neveux et ma soeur, revoir ma mère, vous voyez ? C'est ce dont j'ai le plus envie en ce moment !
Vos projets
J'ai fait deux films indépendants cette année à New York, Committed de Lisa Kruger et Dinner Rush de Bob Giraldi. Deux petits rôles. Un break en somme, et c'était très agréable.
Pour le futur, qui vivra verra ! Je n'ai encore rien de sûr.
Si vous deviez arrêter votre carrière demain, qu'est-ce qui vous manquerait le plus ?
C'est bizarre, car en fait, la façon dont on fait les films est très rude, très compliquée, mais cela me plaît. Je suis capable d'apprécier tout le travail qui a été fait, la manière dont il a été monté, même si sur le moment, c'est parfois dur de s'amuser... Mais, bizarrement, c'est ce processus d'élaboration des films qui me manquerait le plus. Etre si proche des gens, voir tout le monde au travail, c'est quelque chose de très étonnant, et très intéressant. C'est une collaboration et une entente énorme : tant de personnes qui se démènent pour atteindre le même but. Pour moi, c'est magnifique !